26 novembre 2005

Le président américain aurait proposé au premier ministre britannique de bombarder le siège de la chaîne de télévision Al-Jazeera.

Le 18 septembre dernier, c’était avec enthousiasme que je créais ce blog, espérant en assurer au moins une mise à jour hebdomadaire. Mais il aura fallu deux mois pour que je puisse enfin y travailler. Voici donc la première mise à jour. Contrairement aux promesses, elle portera sur un autre thème, même si je n’abandonne pas mon ambition de commenter les déclarations des Etats africains au sommet mondial de septembre 2005.
Cette nouvelle note porte plus particulièrement sur une question qui n’intéresse l’Afrique qu’indirectement, car en tant que composante de la société internationale elle est concernée par les règles qui en encadrent les relations, surtout si la force y joue un rôle, étant entendu que le continent est souvent en position de faiblesse.

Le 22 novembre 2005, le Daily Mirror a diffusé le contenu d’un mémorandum confidentiel aujourd’hui interdit de diffusion au Royaume-Uni. Ce mémorandum rapporterait que, le 16 avril 2004, alors que Tony Blair était en visite à Washington aux Etats-Unis, pour des entretiens avec le président américain, celui-ci aurait alors émis l’idée de bombarder Al-Jazeera, la chaîne de télévision du Qatar. Le premier ministre britannique l’en aurait dissuadé, au motif qu’une telle action même si elle visait le terrorisme, appellerait certainement des représailles importantes. Avant cette publication, la rédaction avait prévenu la primature qu’elle avait l’intention de rendre publique l’information, mais il lui a été intimé de s’abstenir sous réserve de… (23 novembre 2005). D’autres journaux ont aussi reçu des avertissements quant à la diffusion de cette information au motif que toute violation serait illégale (23 novembre 2005) (version modifiée du même article) (voir aussi le Globe and Mail du 22 novembre 2005). On peut retrouver aussi toutes ces informations en français sur les archives du journal télévisé de TV5 (24 novembre 2005) (voir aussi Yahoo! News). L’information est reprise aux Etats-Unis même. Ainsi le USA Today du 22 novembre 2005 fait état de poursuite contre un fonctionnaire qui aurait violé la loi sur les services secrets en révélant la communication incriminée. Selon la chaîne de télévision CNN, la Maison Blanche quant à elle se refuserait à répondre à des propos aussi déplacés et aussi farfelus. Pendant ce temps, la primature britannique garde le silence publiquement, mais il n’y a pas de doute que les conseillers sont en train de cogiter dans l’ombre pour trouver la parade, et que des mesures seront prises pour casser quelques bras… L’interdiction officielle de diffuser le mémorandum est déjà une menace réelle contre la liberté de la presse et menace directement des journalistes et des journaux.

Quelle est donc cette démocratie qui projette de telles actions ? Que fait-on des droits de l’homme ?

Une telle action contre le terrorisme aurait été certainement contre-productive sans compter qu’elle serait contraire à l’état de droit. Toutefois l’état de droit ne semble valoir qu’au sein des Etats, et non dans les relations entre Etats. Les relations internationales restent encore un jeu de pouvoirs plus fort encore tout système national démocratiquement structuré. Et il ne faut pas s’y méprendre…